du 18 octobre au 10 novembre 2013
en résonance avec la Biennale d’art contemporain de Lyon


Cela fait maintenant 5 ans que je me suis lancé dans ce travail photographique ayant pour titre Variation, et pour sous-titre Cet ouvrage est un tissu de mensonges. À Bruxelles, il pleut. Ce projet a commencé à partir d’un choix clair, celui de photographier des événements où se jouait une mise en représentation de soi et du monde – foires, spectacles, rassemblements – au sein des 19 communes de la région de Bruxelles. Pour chaque sujet choisi, la même méthode fut répétée, celle de suivre les gens qui participaient à ces événements jusqu’en obtenir une image qui contrastait avec les artifices du milieu mis en spectacle, pour en dévoiler d’autres formes. Pour dévoiler les écarts entre la situation et ce que vivent ceux qui y sont engagés, avec humour mais sans dérision. Écarts qui guident ensuite la sélection des images que forme ce projet. Il s’agit de déjouer les codes, de les déconstruire pour mieux faire apparaître l’humanité dans sa complexité ; de traquer les masques pour mieux jouer à les faire tomber. C’est la mise en scène de la vie urbaine qui est au cœur de ce travail.
Charles Paulicevich, 2013

 

A première vue, le travail de Charles Paulicevich frappe par la diversité des sujets abordés, mais en même temps par la singularité de son écriture qui incite à une investigation plus approfondie. De cette constellation colorée se dégage alors nettement une thématique générale : les formes contemporaines de la séduction et de l’artifice, la théâtralisation du quotidien, les codes du spectacle ordinaire, l’esthétisation des apparences. Ses photographies, cependant, ne cèdent pas aux charmes factices des situations choisies (concours de beauté pour animaux, salons de l’automobile ou de l’érotisme, champs de foire, publicité, boîtes de nuit, fêtes et manifestations sportives, etc.). Elles échappent par là-même à la banalité – devenue aujourd’hui convention stylistique –, refusent l’anecdote et l’ironie. Pour montrer la vulgarisation organisée de la séduction, elles délaissent tout esthétisme complaisant. Subtil décalage, parmi d’autres, dont se joue Charles Paulicevich, bien conscient de la faculté de conversion intrinsèque à son médium. Il ne s’agit pas de transformer les paillettes et les chromes flamboyants en rutilances photographiques, mais d’affirmer le processus d’altération. Les motifs, pourtant, et ce malgré leur hétérogénéité, participent de l’opération procédurale : ils affirment les images en tant que telles alors qu’elles cristallisent le monde en train de se faire représentation généralisée. Chaque photographie est un tour de passe-passe : la transformation du réel pourtant iconisé à outrance en une image qui semble lui échapper.

Catherine Mayeur
extrait du texte d’introduction du livre Variation
2013

 

Cette exposition a reçu le soutien de Wallonie-Bruxelles International et de la Fédération Wallonie Bruxelles.

Dans le cadre de l’exposition, une projection a eu lieu au cinéma Le Méliès :
Marker tout court, 2013, Chris Marker

paulicevich.com