du 5 au 17 octobre 2015
en Résonance avec la Biennale de Lyon 2015

LUNDI : Tout projet de groupe implique nécessairement un sentiment que l’on peut énoncer poliment ainsi : c’est compliqué. Ainsi, afin d’aérer les pesanteurs et dénouer les crispations, notre équipée de la 2e session prend une initiative forte. Ils vont prendre l’air. Une marche dans la forêt, rien de tel pour vous remettre les idées en place. Il fallait donc une amorce, une orientation. Mais la ballade champêtre semble n’en pas finir. En fin de journée, notre équipée sauvage n’est toujours pas revenue. Aussi le visiteur curieux du travail artistique mené en ces lieux ne sera informé que d’une chose : « On sait pas où ils sont, ça répond pas ». En termes d’heures, Marie a déjà fait sa semaine.

MARDI : Un regard observateur saura deviner la cause de l’absence mystérieuse des artistes. Elle s’étale sous nos yeux : 60 carreaux-plâtre, une cinquantaine de briques réfractaires, sacs de ciment, truelles, briques rouges… Bref, ils sont allés faire les courses. Le chantier peut commencer. Dès le matin, la bande est à la tâche. Un mur est entamé, en plein milieu d’une pièce, et dont l’axe désigne fermement ce qui semble être une cheminée. Chacun s’affaire autour du monticule encore jeune avec la cadence heureuse et efficace qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère des Trois petits cochons de Disney.

Mais, que s’est-il passé hier, au juste ?

MERCREDI : Voilà la cheminée enfin achevée ! « Ce n’est pas une cheminée, ce n’est pas un puits. C’est un truc… qui… va transformer ». D’accord Christophe. Ça ressemble quand même à une cheminée. En tout cas, une bien grosse bougie. Le mur est encore à peaufiner par Armand, Franck, et les autres. Un mur qui fend l’espace. Un mur, tout de même, très perturbant.

JEUDI : La bière de Bayrol est désormais suspendue à un palan, aussi surnommée « la potence ». Cette exposition commence à devenir inquiétante. La cheminée – pardon – le « truc qui va transformer », est à présent pourvue d’un œilleton et d’un système de soufflerie. Des projecteurs vidéos diffusent en boucle de courtes séquences filmées par Jérôme : un schéma au sol, tracé parmi les brindilles de pin et la terre, des bâtons désignent des angles dont l’ensemble rappelle curieusement le lieu où nous sommes (pour le plan de l’exposition, s’y référer).

VENDREDI : C’est d’emblée saisis par les ralentis des images projetées ici et là que nous cheminons. Ces bribes de mythologie collective assurent et assoient le rythme des événements à venir. Le mur, plus que jamais perturbant et perturbé du son amplifié des gouttes de la bière à Bayrol (vous suivez ?), indique en son axe le cœur chaud de la création collective. Un cœur qui bat à l’extérieur, un cœur décentré. Cette palpitation rougeoyante ménage une patience, une lenteur. L’animation de la foule des visiteurs n’ôtera pas cette aura de ralentissements, de mouvements découpés – telle la série de mains que l’on distingue à l’intérieur. Alors qu’ils éventrent leur « truc », les cinq sont comme enveloppés dans une durée étale et se meuvent en des gestes infinis. L’attente et le suspens semblent être la mesure d’une semaine qui aura été pourtant intense. C’est de ce rythme dont parle chacune des œuvres produites durant cette semaine : la durée étale comme la braise.

Vingt ans que cela dure.

 

Frédéric Montfort

 

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Durant cette exposition, Kiblind et TL7 ont réalisé des interviews.

 

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