Réplique, n. f. 1. Action de répondre. 2. Texte d’un personnage dans un dialogue théâtral. 3. Chose qui en répète une autre. 4. Chose qui semble être l’image d’une autre. 5. Nouvelle secousse sismique succédant à un important séisme.

Si l’on se souvient d’un temps que l’on a pas connu, il existait cet objet : un petit boîtier de plastique ressemblant à des jumelles permettait de visualiser des images en relief grâce à des petits disques ronds cartonnés, sur le pourtour desquels se trouvaient des diapositives miniatures. L’intention d’un tel appareil est de faire éprouver la sensation de la profondeur et du relief. La visionneuse stéréographique, initialement destinée à un usage documentaire (pratiquement, il s’agissait de souvenirs de vacances, de prises de vue de lieux ou de monuments célèbres), fut conçue, à l’attention des enfants, dans les années 50 : on ajouta donc, à l’image qui sert de décor, des figurines d’argile à l’effigie de personnages populaires puisés dans l’industrie du divertissement.

Considérons donc que, dans cet espace blanc de l’exposition, nous sommes dans une visionneuse stéréographique. Nous ne regardons pas à travers l’objectif : nous sommes dans l’appareil. Et si nous sommes dans l’appareil, nous devons nous débrouiller avec la mise au point. Nous sommes dans ce que Proust a pu appeler un « stéréoscope intérieur ». Des scènes, des histoires, des paysages défilent.

Le « décor » est bien présent : il s’agit de la trace, du souvenir d’un certain voyage. Mais de toute évidence, ce souvenir ne porte pas la marque de la plaisance touristique. Ces architectures ont en effet quelque chose de grave, frontal et qu’on saurait difficilement identifier. Quant au premier plan, il y a bien quelque chose qui figure, mais cette figure n’est pas humaine. Aucun humain n’est présent en ces lieux.

Il s’agit là d’un petit théâtre de la catastrophe, dans lequel plane la fragilité des édifices des hommes. Cette fragilité appelle un réflexe, un souci propre à notre logiciel occidental : qu’en est-il de la mémoire ? Comment garder ce qu’il reste ? Comment au moins en extraire un souvenir ? Nous voyons ici la mise en scène d’une réponse : reconstruire le souvenir, et donc fixer la solidité d’hier et la fragilité d’aujourd’hui. Ce petit théâtre en trois dimensions procède ainsi d’un relief d’ordre temporel. S’il nous force à déambuler, à nous déplacer, c’est dans un souci du mise au point de la mémoire. La mise au point est moins l’affaire de la vision que de la mémoire, de ce fragile absolu de la mémoire. Ce n’est donc pas seulement à l’architecture qu’on redonne du volume, mais au Temps, au passé – ce « pays éloigné » dont parle Racine.

La mémoire est chose à prendre au sérieux : ses stratégies de réminiscence ou d’oubli peuvent posséder l’intensité d’une réplique sismique. Face à une telle intensité, Proust – qui en sait quelque chose sur cette question – nous a livré une réponse assez claire : il y a l’Art.

Frédéric Montfort, 2017

 

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