Florent MENG
Maybe a few minutes out of a million

exposition du 10 novembre au 8 décembre 2018

Le vendredi 30 novembre, L’Assaut de la menuiserie a proposé une visite guidée de l’exposition en présence de Florent Meng à 17h30, suivie d’une projection de ses vidéos à la Cinémathèque de Saint-Étienne à 19h.

« Moitié loup, moitié homme, il est moitié sauvage, moitié civilisé. Il a un pied dans les deux mondes. Il se tient à l’endroit de leur suture. C’est un intercesseur, un messager, comme Hermanubis, le dieu syncrétique qui avait le corps d’Hermès et la tête d’Anubis dans certains temples d’Alexandrie. »
Mark Alizart

Toute expérience du passage est une initiation mystique.

L’exposition s’ouvre ainsi sous le signe du coyote. Si notre modernité a relégué le chien au rang de figure moquée, scabreuse et stupide, nous devons nous souvenir que, dans les temps archaïques – ces temps que nous sommes invités à traverser dans cette exposition – c’était une divinité primordiale : la divinité des seuils et des passages. C’est Saint- Christophe (lycocéphale) qui traverse le fleuve portant le jeune Jésus sur ses épaules, c’est Anubis psychopompe chargé du passage des âmes des vivants vers le royaume des morts, c’est Cerbère gardien du monde souterrain. Le chien, meilleur ami de l’homme car précisément mi-animal, mi- humain, à la fois sauvage et domestiqué. Le chien se situe à nos frontières.

Il n’est donc pas étonnant que, lorsqu’il s’agit de traverser la frontière, nous nous métamorphosons en coyote. Le dieu-chien est le complice de ceux qui fuient l’Égypte. Il se tait pour ne pas alerter la milice : « Chez les Israélites, on n’entendra même pas un chien gronder contre un homme ou une bête. Ainsi, vous saurez que moi, le Seigneur, je fais la différence entre les Égyptiens et les Israélites. » (Exode 11:7). Maître des seuils et des passages, le chien est un passe-muraille.

Le chien va devant, et nous guide dans ce lieu privilégié de la traversée : le désert. Nous sommes, avec Florent Meng, des pèlerins, des chiens- pèlerins, invités à considérer les signes mystiques de la traversée. Nous ne sommes pas un bichon frisé, mais un coyote. Chien errant, gueule écumante, ventre galeux. Nous nous faufilons entre les tombes, marchons au bord des sentiers, visitons furtivement l’orée des villages et des natures hostiles. Et nous allons dépister, dénicher, débusquer, déterrer les images divines : guides, déluges, bergers, troupeaux, idole brisée, arbres calcinés, amas de gris- gris. Le pèlerin sait que les dieux sont présents lorsqu’il s’agit de traverser quelque chose et, en bon lévrier, il recueille les signes immémoriaux de cette présence au cours de sa pérégrination.

Frédéric Montfort, 2018

Réalisé avec le soutien de la FNAGP
Découvrez l'article de Niko Rodamel sur le site du Petit Bulletin Saint-Étienne.

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